Pierre Huvelin - par le Père M. Fournier

L'abbé Pierre Huvelin entouré de son équipe de moniteurs en 1964

6 juin 2015 - Logis la pacifique  - Inauguration du bâtiment Pierre HUVELIN - le Père Michel Fournier entouré de Georges et d'Aline Guinaudeau - assis au fond Robert Ponchon.

«  Paroles  du Père Michel Fournier »

  Je commencerai mon propos à la manière malgache : « Je m‘excuse de prendre la parole alors que je cela ne me revient pas ». Mais si je la prends, c’est par amitié pour Henri BOUTET qui m’a prié de le faire.

À la lecture des prises de parole lors du 50° anniversaire de « LA PACIFIQUE » et surtout en me souvenant des années un peu folles de la colonie, je vous propose de relire cette aventure sur la trame familiale. La colonie, puis le lieu d’accueil de « LA PACIFIQUE » aujourd’hui, c’est une histoire de famille. Mais j’évoquerai principalement cette histoire en regard de ce que fut Pierre Huvelin.

            À l’origine une carence familiale ; comme projet, un esprit familial ; puis une gestion familiale et pourquoi pas un bonheur familial.

  À l’origine : une carence familiale. Nous sommes dans les trente glorieuses qui ont succédé aux années honteuses de la seconde guerre mondiale. Beaucoup de familles sont en lambeaux : membres décédés ; revenants traumatisés ; branches dispersées ; beaucoup de ruinées. Et je ne compte pas les autres misères inavouées. Plâtres sur des jambes de bois, les orphelinats où  avec beaucoup de dévouement et peu de moyens on tentait de donner aux enfants une éducation aussi soignée que possible. C’est ce qui était vécu à l’orphelinat de CURZON qui deviendra le « LOGIS SAINTE MARGUERITE ». Tout un programme, mine de rien : on ne met plus l’accent sur l’orphelin, mais sur l’habitant d’un logis, noble demeure.

            C’est là que Pierre Huvelin, un prêtre, enseignant, sans doute soucieux d’éducation de qualité, entre en scène. Il n’est pas le seul, mais vous me pardonnerez de parler spécialement de lui en ce jour. Pourquoi donc les enfants ne profiteraient-ils pas de sorties, d’un ailleurs à découvrir ? Pourquoi ne vivraient-ils pas comme d’autres les jolies colonies de vacances ? Nous sommes en plein développement de ce loisir pour les enfants dont les parents sont retenus par leur travail … essor des colonies de vacances qui durera jusqu’aux années 80. Une parenthèse personnelle : arrivant comme jeune prêtre à Saint Jean de Monts, en 1972, j’ai eu la charge de l’animation des quelques 100 colonies de vacances des Pays de Monts !!!

            Pierre Huvelin entre dans la danse des colonies, après une expérimentation, au Landreau des Herbiers. L’occasion que vous connaissez tous avec la mise en vente d’un lopin de terre et d’un  bâtiment sinistré permet de créer ce qui sera en quelques sorte une résidence secondaire pour les enfants du logis Sainte Marguerite, avec le nom prometteur de « PACIFIQUE » !

 

 Une vie familiale est irremplaçable. Mais un esprit familial dans une vie communautaire peut toujours être tenté. C’est, je le crois le projet que nourrissait Pierre avec les nombreux collaborateurs qu’il s’était associé. Si on me donne la parole aujourd’hui, c’est que c’est à cette étape que j’ai rejoint l’équipe du Logis Ste. Marguerite et de la Pacifique. C’était le bol d’air des séminaristes que nous étions, avec la complicité silencieuse des supérieurs qui nous accordaient quasiment tout loisir de rejoindre les enfants du Logis et la colonie, fermant les yeux ou nous faisant remarquer du bout des lèvres que nous étions arrivés en retard aux vêpres. Pour nous l’amitié des enfants et des Sœurs valaient bien quelques versets de psaume en latin !

            Si je vous raconte ces balivernes personnelles, c’est que je suis sûr que cet esprit familial au service des enfants était non seulement perçu de nos responsables, mais qu’ils en avaient le cœur touché. L’intuition de départ, était de servir les enfants comme de bons parents ou comme des grands frères que nous étions. Pari gagné. Pas sans peine, sans doute, mais avec une bonne dose d’audace et de folie quand je pense à la gestion de la Pacifique.

  Gestion familiale, ai-je dit. Georges, Maurice et bien d’autres le diraient mieux que moi. Une ruche de bénévoles s’affairait à aménager les lieux, à construire en utilisant les compétences d’artisans retraités ou encore en activité. S’il n’y avait pas eu un minimum de sympathie, allez, disons-le, d’amour pour les enfants, cela n’aurait pas été possible. Le travail et le dévouement pèsent moins lorsqu’ils ont un sens.

            Vous remarquez sans doute que je prononce assez peu le nom de Pierre Huvelin. C’est à dessein, parce que, pour moi, il était l’âme de cette entreprise. N’allez pas me faire dire qu’il ne faisait que commander. Il mettait la main à la pâte, endossait les responsabilités de directeur de la colonie tout en débouchant les lavabos. Comme un « bon père de famille », simplement. À ce stade je m’en voudrais d’oublier madame Huvelin, la mère de famille qui veillait aux tâches de la grande famille des enfants. Si ce n’est pas une gestion familiale, ça… !

            J’embellis la réalité, me direz-vous. Peut-être. Mais je n’oublie pas que la grande fratrie des enfants vivait ce que vivent les fratries familiales nettement plus modestes. Les enfants étaient des enfants, souvent avec des cicatrices lourdes. Ils n’étaient pas des enfants de chœur et les adultes que nous étions avec le Sœurs pas des anges. Vous devinez bien qu’il y a eu des heures difficiles, des doutes et parfois des pleurs. Lot commun, mais adouci par la solidarité des multiples acteurs. C’est avec tout cela, n’est-ce pas que se construit le bonheur. 

Un signe du bonheur humble, mais véritable fut pour moi l’accueil d’enfants venant de familles vendéennes classiques mêlées aux enfants du Logis Ste. Marguerite. Le partage entre enfants n’était pas toujours évident, pas moins qu’il ne l’est entre enfants en général. Mais l’ouverture était là et les garnements du logis avaient une nouvelle ouverture sur une vie de famille habituelle.

Je terminerai par l’évocation d’un miracle. Après la fermeture du Logis Saint Marguerite, celle de La Pacifique s’annonçait. La preuve que l’esprit est plus fort que la chair de l’économie, c’est que l’aventure a continué sur la même longueur d’onde. Je veux dire par un service aux familles moins favorisées. Miracle silencieux, comme le fut Pierre, en se dépensant obstinément à sa place, sans se mettre en avant, mais avec efficacité et foi dans l’avenir des enfants.

 La Pacifique serait-elle devenue un symbole ? Je le crois vraiment. Symbole de l’amour désintéressé d’autrui, à travers le dévouement de multiples bénévoles dont Pierre fut un des moteurs. Au fait, j’ai appris que le mot bénévole signifie « bonne volonté ». On a entendu dans une nuit de Bethléem, il y a bien longtemps « Paix aux hommes de bonne volonté ». Pas si mal pour un lieu construit et animé par des hommes de bonne volonté qui se nomme « LA PACIFIQUE » !