Le secret du vent soufflant de la plage d’en face

 

 

Le secret du vent soufflant de la plage d’en face

 

 Cela se passe dans les années 1966 et après. La Colonie la Pacifique vivait ses premières années avec les enfants du Logis sainte Marguerite à Curzon.

Un jour que je me promenais avec quelques lurons de cette maison d’enfants, en traversant le bois qui nous conduisait à la plage d’en face, là où il était interdit de se baigner, donc nous étions pratiquement seuls, ce jour là une voix étrange me murmura des mots étranges à l’oreille.

Les enfants s’étaient arrêtés pour jouer dans le bois et tout en gardant un œil sur eux, je prêtai l’oreille au chant du vent.

Ecoute, me sifflait il, écoute le silence de cet endroit il est  fait pour permettre à ses jeunes enfants blessés par la vie d’avoir un havre de paix. Là ils oublient pour un moment les malheurs de la vie qui sont venus les rejoindre bien trop tôt.

Alors je contemplais les visages de Jean Philippe, de Christian, de Béatrice, de Jeanine et de tant d’autres qui reflétaient une joie de vivre correspondant à l’innocence de l’enfant heureux.

Puis la chanson du vent changea de mélodie. J’entendis comme une mélodie d’amour qui emplissait l’espace. Même les grands pins se tenaient immobiles pour écouter. La mélodie chantait qu’elle avait vu aussi beaucoup de petits pas traverser ce bois. Beaucoup de petites mains en tenir des plus grandes pour avancer. Beaucoup de petits gestes : porter dans les bras ou sur le dos pour reposer les petites jambes fatiguées. Oui chantait le vent, beaucoup de moniteurs et de monitrices de la colonie la Pacifique ont témoigné de cet amour.

Soudain une tout autre mélodie susurra à mes oreilles étonnées :  « Et ce que tu ne sais pas aujourd’hui, c’est que ce silence, cet amour, ne sont pas près de s’arrêter. Il va se passer beaucoup de transformation à la Pacifique, mais le silence du bois, l’amour des personnes ne passeront pas. Les enfants vont changer, des familles vont arriver, mais le silence du bois et l’amour des personnes ne changeront pas. Les bâtiments de la Pacifique vont faire peau neuve, mais le silence du bois et l’amour des personnes garderont la même intensité et la même couleur.

 Bien des années plus tard, en regardant ce qui se vit à la Pacifique et en me souvenant de la mélodie du vent, je me dis qu’il avait raison.

 Le 28 Juin 2017

Sœur Marie Thérèse MORINIÈRE

 Prieure des sœurs de Bethléem